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Monthly Archives: mars 2019

Enquête Alternative Vegan : les antibios administrés aux animaux sont en train de nous tuer

Les antibios administrés aux animaux sont en train de nous tuer ?

Pourtant déconseillée à dose systématique et régulière pour l’homme, la délivrance d’antibiotiques aux animaux d’élevage est encore fortement pratiquée. Une façon d’éviter la transmission de maladie entre les porcs, vaches ou poulets souvent parqués et confinés pour une rentabilité maximum. Mais cette utilisation massive entraînerait une résistance aux antibiotiques chez l’homme qui consomme cette viande et le fragiliserait face à certaines pathologies. Alors, lubie écolo ou triste réalité ? Nous avons enquêté.

Aujourd’hui, pendant que vous lirez cet article, que vous ferez vos courses au supermarché ou que vous conduirez votre enfant à l’école, 36 personnes mourront à cause d’une utilisation abusive d’antibiotiques, notamment délivrés aux animaux que vous consommez.

Le principe est simple : l’homme, lorsqu’il est atteint d’une maladie bactérienne, est soigné avec des antibiotiques. S’il s’agit d’une infection virale, les antibiotiques sont inefficaces et inadaptés. Souvenez-vous, la campagne publicitaire : les antibiotiques, c’est pas automatique !

Mais chez les animaux d’élevage, c’est une autre histoire…

La moitié des antibiotiques produits en France est donné aux animaux d’élevage

         « Environ 50% des antibiotiques sont utilisés pour les animaux d’élevage en France. Ils sont donnés en traitement de masse, par l’alimentation ou l’eau, en particulier aux volailles, cochons, lapins et veaux qui sont les plus exposés. Les chiffres sont ahurissants ! », dénonce l’ONG CIWF (Compassion in World Farming).

Le risque : l’antibiorésistance

La conséquence de ces mauvais usages : l’antibiorésistance. Un phénomène croissant dans le monde entier et très inquiétant. Car la prise d’antibiotique n’a rien d’anodin. Son action détruit les bactéries sans défense contenues dans notre organisme. Celles qui sont plus armées résistent et se multiplient pour faire face à la prochaine prise de médicament. Ainsi, à force d’utiliser à outrance ces traitements, il n’existera plus que des bactéries résistantes contres lesquelles aucun médicament ne pourra lutter. Alors de banales pathologies comme les infections urinaires, ou plus graves comme les staphylocoques dorés, deviendront mortelles.

Le ministère de la santé ajoute à ce scénario catastrophe, d’autres difficultés résultant de l’antibiorésistance : des complications de certaines maladies, une utilisation de médicaments plus puissants et plus chers pour arriver à soigner et des risques plus élevés lors d’interventions médicales, pour lesquelles les antibiotiques sont indispensables pour réduire les risques infectieux.

Les microbes ont désormais vingt ans d’avance sur la science

« Jusqu’aux années 1990, ce n’était pas inquiétant, car régulièrement de nouvelles familles d’antibiotiques étaient découvertes : nous avions toujours un temps d’avance et la possibilité de traiter les patients », explique le professeur Antoine Andremont, chef du service de bactériologie de l’hôpital Bichât, dans son livre « Antibiotiques, le naufrage ». « Mais depuis, l’industrie pharmaceutique a cessé de mettre sur le marché de nouvelles molécules, car la recherche en la matière coûte très cher et la rentabilité est mauvaise. »  Les microbes ont donc 20 ans d’avance sur la science et l’administration d’antibiotiques à tout va n’est plus à prendre à la légère.  

Un mort toutes les trente secondes d’ici 2050

De nombreux organismes internationaux, comme l’Organisation Mondiale de la Santé qui prévoit un mort toutes les 30 secondes d’ici 2050, ont donc tiré la sonnette d’alarme: « La résistance aux antibiotiques constitue aujourd’hui l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement. Elle peut toucher toute personne, à n’importe quel âge et dans n’importe quel pays.

En conséquence, certaines mesures ont été prises au niveau européen et national. D’abord en 2006, la commission européenne a décidé de bannir l’usage des antibiotiques dans la nourriture des animaux d’élevage pour accélérer leur croissance. Incroyable : cette pratique était jusqu’à présent systématique ! , Puis en 2012, le ministère de l’agriculture a mis en place le plan écoantibio avec pour objectif de réduire la prescription de ces molécules de 25 % sur 5 ans, en interdisant, entre autres, l’utilisation des antibiotiques dit critiques en usage préventif. Des antibiotiques qu’on appellent aussi de troisième et quatrième génération, les plus puissants et derniers survivants car encore actifs contre les bactéries. Il était donc primordial d’interdire leurs utilisations massives et régulières au risque d’anéantir l’efficacité des derniers recours dont la médecine dispose.

Lobbys : un vétérinaire accuse

Mais pour Denis Fric, vétérinaire homéopathe à la retraite, la législation actuelle ne va pas assez loin. « Pour moi, la seule solution c’est de totalement supprimer les antibiotiques de troisième et quatrième génération en médecine vétérinaire et les garder uniquement pour l’homme. Le recours aux médecines douces et naturelles comme l’homéopathie et la phytothérapie est une alternative qui fonctionne très bien. Mais cela implique, d’une part, de produire autrement , c’est-à-dire en moindre quantité, en respectant l’espace vital des animaux, leur temps de sevrage, en les laissant sortir à l’extérieur et d’autre part, que la législation européenne autorise réellement l’usage de la phytothérapie. Aujourd’hui, elle interdit l’utilisation de beaucoup de plantes au prétexte qu’on ne maîtrise pas le délai d’attente (délai nécessaire à l’évacuation du produit du corps de l’animal avant son abattage pour la consommation) alors qu’on a éprouvé celui des antibiotiques. Sauf que ces techniques étaient utilisées bien avant les élevages de masse et tout se passait très bien. Mais elles sont très peu chères et peu rentables pour certains lobbies. Je ne dis pas que les ministres et experts perçoivent des subsides des laboratoires pharmaceutiques, mais lorsqu’on touche aux dividendes et chiffre d’affaire de ces gens-là, ils voient tout rouge… »

Pour 83% des poulets élevés en France, les antibiotiques, c’est systématique

Mais en attendant une réelle volonté politique de changer les modes d’élevages français, c’est un véritable gavage de médicaments que subissent ces animaux, en plus d’une souffrance intolérable.  En juin 2018, une enquête de l’association L214 montrait les conditions d’élevage déplorables de poulets des marques maître coq et Doux. Entassés dans un hangar, sans voir la lumière du jour, ni sortir à l’extérieur, les poulets recevaient « systématiquement et préventivement des antibiotiques directement inclus dans leur alimentation » tout comme « 83 % des 800 millions de poulets tués chaque année » pour survivre aux conditions terribles d’élevage.  Même observation dans un élevage de dindes, à l’approche de noël, dans lequel elles étaient parquées au nombre de 8 par mètre carré, devenaient agressives entre elles et se blessaient tant qu’elles devaient être nourries aux antibiotiques pour survivre et contenter nos estomac. Joyeuses fêtes !

La productivité à outrance touchent aussi les élevages porcins dits familiaux qui n’en restent pas moins intensifs. « 96% des porcs ne fouleront jamais le sol extérieur et seront gardés sur caillebotis de leur naissance à leur abattage et sont donc dopés aux antibiotiques pour tenir dans ces élevages »

Chez les lapins, l’observation de la CIWF est tout aussi dramatique.  “Bugs Bunny, Roger Rabbit et Panpan sont bien loin de la réalité dans laquelle vivent les lapins élevés pour leur viande en Europe : entassés dans des cages grillagées, sales, gavés d’antibiotiques, sans jamais voir la lumière du jour ou respirer un peu d’air frais explique l’ONG. Et ce serait le cas de 99 % des lapins élevés en France.

Interdits, des antibiotiques sont désormais répertoriés comme…additifs

« On est loin de l’image d’Épinal de quelques coqs et poulets qui gambadent en plein air », explique Sébastien Arsac, responsable des enquêtes au sein de l’association L214. «  A cause des conditions d’élevage intensif, les animaux que nous consommons ingèrent des antibiotiques pour les aider à grossir, pour éviter de contracter des maladies à cause de leur promiscuité et aussi en additif. Depuis l’interdiction de l’utilisation des antibiotiques comme accélérateur de croissance en 2006, on a constaté aucune baisse de vente d’antibiotiques. Et pour cause, la commission européenne a déclassé certains antibiotiques pour les catégoriser en additifs sauf qu’ils demeurent des antibiotiques et les éleveurs sont autorisés à utiliser dans la nourriture pour animaux. »

«Moins de 1% des élevages sont contrôléschaque année»

Comment de telles pratiques, la plupart révélées par des associations, peuvent-elles encore exister ? Dans la théorie, il existe plusieurs organismes de contrôle. D’abord, les visites sanitaires en élevage, obligatoires et pratiquées par un vétérinaire payé par l’État. Initiées dans les élevages bovins en 2005, elles se sont étendues aux exploitations avicoles en 2013 et porcines en 2015 et ont lieu tous les deux ans.

Ensuite, les services de la DGAL (Direction Générale de l’Alimentation) « contrôlent les produits alimentaires afin de détecter la présence anormalement élevée de résidus médicamenteux. » Ils disent  effectuer près de 20 000 contrôles par an. Malgré nos demandes, la DGAL n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

Enfin, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail ( ANSES) a mis en place, depuis 1999, un suivi annuel des ventes d’antibiotiques vétérinaires afin de suivre l’évolution des pratiques en matière d’antibiothérapie chez les différentes espèces animales.

Dans la pratique, malgré la panoplie de mesures de contrôle, le système semble cruellement manquer d’efficacité. « Il y a moins d’1 % d’élevages contrôlés chaque année. Les syndicats de vétérinaires ont déjà tiré la sonnette d’alarme car ils ne sont pas assez nombreux pour effectuer les contrôles. D’ailleurs si c’était le cas, on n’aurait pas constaté dans un élevage porcins en Bretagne, des sacs d’antibiotiques à même le sol avec des dates de validité dépassées depuis plusieurs années. Quant au contrôle des produits, on a déjà vu  que c’est très facile d’aller acheter des antibiotiques à la frontière espagnole ou belge. C’est assez déconcertant d’ailleurs et on ne peut pas chiffrer cette pratique », regrette Sébastien Arsac.


(élevage cochons Quimper)

La France consomme deux fois plus de viande que la moyenne mondiale

Par ailleurs, les bons chiffres annoncés par l’Anses faisant état d’une baisse de 36,6 %  de l’exposition aux antibiotiques en usage vétérinaire entre 2011 et 2016 (durée du premier plan écoantibio) semblent tout à fait relatifs d’après l’ICWF. « Les chiffres sont beaucoup plus variables si l’on procède espèce par espèce et en fonction des familles d’antibiotiques. De plus, si l’on compare ces chiffres à 1999, date des premiers suivis des ventes d’antibiotiques vétérinaire, on n’est qu’à 13% de baisse. Ça a baissé effectivement pour les porcs,  mais augmenté en bovin et en volaille de 19% depuis 1999. »

Face cet amer constat, quelle sont les alternatives des consommateurs ?  Avec 84 kg de viande par personne et par an en moyenne, les Français consomment plus du double de la consommation moyenne mondiale. Cette habitude alimentaire encourage et oblige  l’industrie à produire en masse et par conséquent à utiliser des antibiotiques de façon systématique et nous tuer à petit feu.

«Si votre boucher se fournit à Rungis, ce sera de la viande nourrie aux antibios»

La première alternative et la moins radicale consiste alors à se renseigner sur la provenance des produits achetés car tous les élevages ne se valent pas. Certains, raisonnés et respectueux du bien-être animal, soignent le plus possible leurs animaux avec des huiles essentielles et des médecines naturelles. Mais ces marchandises de qualité ne se retrouveront pas pour autant sur l’étal du volailler du marché ou chez le boucher de votre quartier. « Il ne faut pas se fier aux apparences, si le boucher se fournit chez Rungis, ce sera de la viande nourrie aux antibiotiques » explique Sébastien Arsac.

L’ICWF confirme : « Les traitements antibiotiques de masse concernent quasiment tous les élevages intensifs de France. Leur viande se trouve donc non seulement au supermarché, mais aussi sur les étals des boucheries. 95% des porcs en France sont élevés en intensif.  Que vous alliez au marché, au supermarché ou chez le boucher, il est donc difficile de trouver du porc élevé sans antibiotiques. Pour mettre toutes les chances de son côté, il faut privilégier le porc plein air ou élevé sur paille. »

Quels sont les labels fiables ?

Par ailleurs, certains labels semblent plus fiables que d’autres pour garantir le respect des normes et les conditions de production et d’élevage. « Les références biologiques et label rouge sont recommandables car bien encadrées avec des cahiers des charges précis et respectueux (NDLR : les élevages biologiques n’utilisent de traitements antibiotiques qu’à des fins curatives et sont limité à 3 par an). En revanche, les étiquetages « fermier » ou « bleu, blanc, cœur », par exemple, n’ont aucune légitimité, c’est de la poudre aux yeux » explique Sébastien Arsac.

Des étiquetages « sans antibios » trompeurs

Il faut aussi veiller à certains produits, comme le jambon sous vide, vendus avec l’étiquetage « porc élevés sans antibiotique » ou « animaux nourris sans antibiotique ». Une adaptation supplémentaire des industrielles aux tendances du marché, mais pas tout à fait vraie… « Il faut faire attention aux mentions trompeuses. Il y a souvent en supermarché du jambon « sans antibiotiques » et quand on regarde de plus près, en tout petit ,en bas il est indiqué « sans antibiotiques après la période de sevrage », or c’est justement avant le sevrage que les porcelets reçoivent le plus de traitements antibiotiques. »

L’OMS classe la viande rouge comme « cancérigène probable »

Autre option pour préserver sa santé : réduire ou bannir la viande de l’alimentation. Une tendance qui se développe de plus en plus. Récemment, la campagne du lundi vert, consistant à ne  consommer ni viande ni poisson un jour par semaine, et soutenue par 500 personnalités, semble rencontrer un franc succès.

Et pour cause, plusieurs études scientifiques parues ces dernières années démontrent les effets néfastes de la consommation de viande. Dès 2015, l’OMS avait officiellement classé la viande rouge parmi les cancérigènes probables chez l’humain et les viandes transformées (charcuteries, nuggets, cordon bleus…) parmi les cancérigènes certains chez l’humain. 

L’Académie américaine de Nutrition et de Diététique va encore plus loin et a établi que la consommation de produits animaux n’est nullement nécessaire. « les alimentations végétariennes bien conçues (y compris végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur le plan nutritionnel et peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi que pour les sportifs. » La British Medical Association enfonce le clou en affirmant que les végétariens ont un plus faible taux d’obésité, de maladies cardiovasculaires et d’hypertension.

Pour aller plus loin
LES ANTIBIOTIQUES, ÇA NE DEVRAIT PAS ÊTRE AUTOMATIQUE

Les repentis 3 – Rémi Thomas, ex employé de boucherie devenu antispéciste

Remi a mis longtemps avant de réaliser que la viande qu’il manipulait provenait d’un être vivant… Une vidéo montrant des images choquantes d’abattoir a mis fin à son déni. Depuis, il est devenu vegan et milite pour la cause animale. Même si au sein de sa famille, il est « perçu comme quelqu’un d’anormal… »

En juin 2016, Rémi, angevin de 27 ans, commence un nouveau travail : employé en boucherie dans un supermarché. À cette époque, cet emploi ne revêt aucune considération particulière pour lui. Il consomme de la viande et considère qu’il fait partie de la chaîne de production. « Au poste auquel j’étais employé, je ne voyais pas le début de la chaîne. Je voyais la bête déjà à moitié découpée donc pour moi, l’animal était quelque chose, pas quelqu’un. Je voyais la viande comme je voyais les légumes, comme un ingrédient. »

«Au fond de moi, je savais que les vegan avaient raison »

Consciemment, Rémi dissocie alors les pièces de viande qu’il manipule, de l’animal. Pour autant, il n’est pas sourd au discours ambiant sur la réduction de la consommation de viande. « Je n’avais rien contre les vegan, mais dès qu’on voulait m’imposer ce régime, j’avais un rejet et j’étais dans le déni. Au fond de moi, je savais que les vegan avaient raison. Mais comme leur vérité me dérangeait, je fermais les yeux sur les choses qui étaient évidentes parce que ça voulait dire que, si je prenais vraiment en compte leur discours, j’allais devoir faire des changements dans ma vie et je n’en avais pas envie à ce moment. Je voulais rester dans mon confort et garder mes habitudes. »

«Tuer les animaux n’est pas une nécessité pour vivre»

Mais au bout de quelques mois, Rémi découvre par hasard sur les réseaux sociaux une vidéo de l’association L214 montrant la souffrance animale dans la chaîne de production de viande. C’est un premier choc : « Je me suis dit, on tue les animaux par habitude culturelle, ce n’est pas une nécessité pour vivre. Si c’est ça qu’il faut faire pour produire, je ne mange plus de viande ! »

Etre boucher et défendre la cause animale

La « claque » Earthlings

En quelques semaines, il opte pour un régime végétarien. D’autant qu’il a continué à se documenter sur le sujet et que sa conviction s’est renforcée. « L’Académie américaine de nutrition et de diététique, la plus grande organisation mondiale de la santé, a prouvé que les humains n’ont pas besoin de produits animaux pour être et rester en bonne santé », explique-t-il. Puis il découvre le documentaire américain Earthlings  : « Une claque ! » Sans filtre, le film montre le sort réservé aux animaux dans les élevages et abattoirs, mais aussi leur condition dans les fermes d’animaux de compagnie, dans les zoos et cirques et leur utilisation pour des expérimentations scientifiques.  « Au bout de dix minutes de visionnage, je savais que je deviendrai vegan et antispeciste ».

«L’antispecisme, c’est la continuité d’autres mouvementscomme l’antiracisme ou l’anti sexisme»

Adopté par la plupart des défenseurs de la cause animimaleale, l’antispecisme réfute la place l’espèce humaine au centre et au sommet de l’ensemble des espèces du monde vivant et considère, a contrario, que l’homme est une petite partie d’une famille bien plus grande : le règne animal. Il n’aurait donc pas à décider de la manière dont on doit traiter et considérer les autres espèces, comme les animaux. « Je considère que l’antispecisme, c’est la continuité d’autres mouvements sociaux comme l’antiracisme ou l’anti sexisme. C’est arrêter de détruire ceux qui nous sont différents. Je suis convaincu que l’abolition aurait bien lieu, c’est une suite logique. »

En accord avec cette philosophie, Rémi devient vegan à l’été 2017. « Pour moi, c’est un devoir. La science nous a prouvé maintes fois que les produits animaux sont purement facultatifs et on sait que pour les produire, il faut commettre des injustices envers eux. Si quelque chose est autant facultatif qu’injuste, il est logique de ne plus participer à cette injustice et de ne plus la commettre. »

Employé de boucherie et vegan…

Etre boucher et défendre la cause animale

Mais contre tous ces nouveaux principes de vie, il continue à travailler au sein de la boucherie par nécessité financière. « C’était le conflit total dans ma tête. Je participais aux choses que je dénonçais. J’avais honte. Durant cette période, je militais et le lendemain, je retournais travailler dans la boucherie. C’était très difficile à gérer. Je me souviens de ce jour où j’étais à mon poste de travail et j’ai reçu une notification sur mon téléphone m’informant que des militants bloquaient un abattoir alors que moi, j’étais dans mon laboratoire. Ma place n’était plus ici… », se souvient Rémi.

«Au sein de ma famille, je suis perçu comme quelqu’un d’anormal»

En mai 2018, il quitte enfin son emploi de boucher et applique complètement ses nouveaux préceptes. Un choix de vie qu’il n’imaginait pas aussi clivant. « Auprès de ma famille, je suis perçu comme quelqu’un d’anormal. On m’a dit plusieurs fois que j’étais entré dans une secte. J’ai perdu beaucoup d’amis. Il y a eu des distances avec ma famille. Mais petit à petit, ils entrevoient que je n’ai pas tort. »

Ma famille ne comprenait pas mon choix vegan et cause animale

« Ça va peut-être être long mais c’est inévitable » Convaincu que ses choix sont les bons et que l’humanité en prendra conscience, Rémi est très désormais engagé et milite auprès d’association de défense des animaux pour dénoncer et informer. « C’est notre manière de militer qui fera avancer les choses plus rapidement ou non. L’humain a toujours évolué en élargissant sa sphère de considération morale. La prochaine étape de la progression morale de l’humanité, c’est de ne plus faire de l’espèce un critère de discrimination. Du coup, je suis optimiste. Ça va peut-être être long, mais c’est inévitable. Albert Einstein disait : Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire… »

C'est quoi le plus bizarre, prendre le lait d'une vache ou le laisser à son veau?

Toute le série des Repentis : Pourquoi devenir Vegan ?

Les repentis 1 – Maurizio Garcia Pereira
Les repentis 2 – Sivalingam Vasanthakumar
Les repentis 3 – Rémi Thomas
Les repentis 4 – Carole

Les repentis 2 – « Sur le chemin de l’abattoir, j’ai fait demi-tour…»

Année après année, Kumar a conduit son troupeau d’agneaux à l’abattoir. Mais un jour, il n’a plus supporté de les entendre bêler de peu. Et sur la route, il a pris un autre chemin…

« La prise de conscience a pris du temps, mais elle est bien là aujourd’hui. Au cours des trois derniers mois, je préparais un troupeau de 20 moutons pour l’abattage. Il n’avait rien de différent des autres, je n’étais pas plus attaché à lui qu’à d’autres, je n’avais tout simplement plus le courage d’emmener mes bêtes à la mort », confie Sivalingam Vasanthakumar, dit Kumar, 60 ans, éleveur de viande repenti.

« Ce jour-là, je n’ai pas pu »

Ce déclic, l’éleveur l’a eu le 28 janvier dernier alors qu’il était en route vers l’abattoir avec ses agneaux. Un cheptel qui aurait dû lui rapporter près de 9 000 livres (plus de 10 000 euros). Mais ce jour-là, ses plans vont changer. A l’arrière de la camionnette, Kumar entend, une fois de plus, les moutons bêlés de peur et s’entasser à l’arrière de la remorque pour ne pas sortir. Et malgré ses 47 ans d’expérience dans l’élevage et l’agriculture, ses certitudes s’effondrent. « J’ai toujours emmené mes animaux à l’abattage et tué le porc moi-même. Pendant des années, j’ai vu les animaux stresser à l’approche de la mort, ils connaissaient leur destin. Je devais les obliger à sortir. Ce jour-là, je n’ai plus pu. »

« Dans la ferme de mes parents, les animaux restaient avec nous toute leur vie »

Originaire du Sri Lanka, Kumar a commencé très jeune à travailler dans la ferme laitière de ses parents. « C’était très différent de l’élevage de viande car tous les animaux étaient nos animaux de compagnie, ils restaient en vie près de nous jusqu’à leur disparition naturelle et nous les connaissions tous par leur nom. »

Petit à petit, le doute…

Dans l’objectif de prendre la suite de l’exploitation parentale, Kumar s’inscrit à l’université des sciences agricoles de Bangalore en Inde après avoir obtenu son baccalauréat en sciences. Puis il décroche une maîtrise en agriculture durable qui l’emmène en Angleterre. Il intègre ensuite différentes fermes tout au long de sa carrière. En juin 2015, il acquiert 20 hectares de prairies et de bois dans le comté du Devon en Angleterre et y installe son propre élevage de moutons. A côté de cette activité, déjà très prenante, Kumar créé un concept de Food truck dans lequel il cuisine et vend des plats indiens sur les marchés avec sa propre viande. L’éleveur rencontre un franc succès, ses clients appréciant de manger des produits locaux et élever de façon non intensive. Mais au fond de lui commence à germer le doute…

Sur la route de l’abattoir, il décide de changer d’itinéraire

Et ce 28 janvier, sur le chemin de l’abattoir, il décide de changer d’itinéraire. Il réfléchit alors au meilleur moyen de rendre hommage à ses animaux lorsqu’il se remémore l’existence d’un refuge animalier situé à 200 miles de là (321 km). La ferme de Goodheart (bon cœur) située dans le comté du Worcestershire. Un véritable paradis vert de 90 hectares sur lequel quelques 220 bêtes coulent une retraite paisible. David Bourne, le responsable du refuge, s’étonne du choix de Kumar : « Je n’avais jamais vu un éleveur apporter ses propres bêtes auparavant. C’est un cas sans précédent. »

« C’est le travail de toute une vie que j’ai modifié »

Une fois rentré chez lui, la conscience soulagée, Kumar prend alors une autre décision radicale : devenir végétarien. En cohérence avec son choix de sauver ses animaux, il lui est désormais évident de ne plus consommer d’être vivant doué d’intelligence et de sentiments. Idem dans son restaurant ambulant. Ses clients peuvent aujourd’hui découvrir ses recettes végétariennes et végétaliennes préparées avec les légumes de son potager. « Je serai toujours dans le monde agricole, mais plus dans l’élevage. C’était une décision difficile à prendre puisque c’est le travail de toute une vie que j’ai modifié, mais c’était la bonne. »

Dans sa ferme, il conserve encore du bétail dorénavant libre de se promener et de pâturer sur ses terres, sans craindre d’être livré au couperet de l’abattoir. 

Toute le série des Repentis : Pourquoi devenir Vegan ?

Les repentis 1 – Maurizio Garcia Pereira
Les repentis 2 – Sivalingam Vasanthakumar
Les repentis 3 – Rémi Thomas
Les repentis 4 – Carole

Pour en savoir plus:
Kumar’s Dosa Bar and Farm
Good Heart Animal Sanctuaries

«Je suis vegan mais ce n’est pas ce que vous croyez»

« Et le cri de la salade qu’on arrache de la terre et qui souffre, tu l’as entendu aussi ? »  Autour de moi, les rires étaient gras, les mines entendues, la bonne vieille blague a fusé lors d’un apéro entre amis quand on a fait tourner les saucisses cocktail et que j’ai décliné. Pourtant, j’ai juste dit non, je ne l’ai pas ramené mais un de mes très bons amis s’est cru obligé de lancer « C’est parce qu’elle devient vegan ».

Je sais bien que cet ami ne me veut pas de mal, je sais bien qu’il me connaît assez pour savoir que je ne vais pas devenir une croisée, « saouler » tout le monde de discours sur les méfaits d’une alimentation carnée, transformer les diners entre potes en moments culpabilisateurs au moment où passe le plat de merguez . Mais j’ai été confrontée ce soir-là à une intolérance certaine. Des gens intelligents et plutôt bienveillants à mon égard se sont fermés d’emblée à un dialogue que je ne sollicitais même pas !  

Et c’est là que tout le monde a lâché les vannes …

Certes, je n’ai jamais eu droit aux genres de scènes que raconte la journaliste Yolaine de La Bigne, aujourd’hui organisatrice de la journée mondiale de l’intelligence animale  et végétarienne depuis trente ans, à une époque où c’était comme une maladie honteuse ; Dans les années 80, elle m’a raconté avoir dû faire face à une vraie agressivité.

Comme ce déjeuner auquel l’avait invitée un de ses chefs et où il lui avait annoncé d’emblée qu’il prendrait de la viande en entrée et aussi en plat. « Comme ça, juste pour te faire chier . Et s’il y en avait eu au dessert , j’en aurais pris aussi ! » Parce que lui, c’était un « viandard ».  Revendiqué ! Les temps ont changé, les mentalités ont évolué… Dans mon véganisme naissant, je n’ai jamais eu affaire à ce genre de personne. Mais la défiance est toujours là. Et ce soir-là, lors de cet apéro entre amis,  j’ai vu à peu prés ce qu’allaient être mes soirées entre potes ou en famille ces vingt prochaines années.

D’abord , je ne suis pas chiante (enfin, je crois) !

Dans l’esprit de tous, le vegan est chiant, il n’a pas trop d’humour, il est jusqu’au-boutiste, il a des principes qui compliquent la vie de tout le monde. On ne peut pas réserver au restau par exemple sans qu’il ne se soit auparavant assuré du menu. J’avais vu passer cette petite devinette sur instagram :

A quoi reconnaît-on un vegan ?

« Au fait qu’il regarde la carte d’un restau sur internet avant d’y aller . »

J’avais trouvé ça exagéré. Et je n’avais aucune envie de devenir comme ca ! Mais lorsque, pour un déjeuner professionnel,  je me suis retrouvée porte maillot dans une brasserie parisienne très réputée, j’ai regretté de ne pas avoir eu cette curiosité: aucune salade, aucune assiette de légumes, des plats en sauce, des crustacés, voire une ou deux spécialités tripières…le seul plat qui me semblait vegan compatible était une soupe à l’oignon qui, lorsqu’elle est arrivée à table, était parsemée de fromage fondu…

«  Je vais devoir m’y faire : depuis que je suis devenue vegan, je suis devenue dans l’esprit de tous une personne, toujours râleuse, jamais détendue. »

Capable de trouver même à redire à un légendaire Levi’s au motif que l’étiquette indiquant le modèle et la taille est faite en peau… Parce que le cuir est une industrie à part entière. Parce que la peau des étiquettes n’est pas uniquement récupérée sur des bêtes mortes pour nous substanter. J’ai également goûté au bonheur de devenir un casse-tête pour les maitresses de maison qui ne savent jamais quoi faire à diner, quoi servir le matin. … Le matin, si le vegan ne prend pas du lait, alors qu’est-ce qu’il va boire, manger ? Du lait d’avoine ou d’amandes ? Du « granola » (un mélange de céreales qui n’a rien à voir avec la marque de biscuits au chocolat qu’on connaît ? Que des trucs qu’on n’a jamais dans son placard…

On peut être vegan et boire du thé, manger du pain complet le matin, des fruits, des trucs tout simples. Sans forcément « faire chier » le monde ou faire du prosélitisme. Sans aller jeter de la peinture rouge sur la vitrine d’un boucher de quartier. Le véganisme est un choix personnel. C’est comme ça que moi, je le vis. On peut être vegan sans avoir renoncé aux plaisirs de la chère. C’est comme ça que moi, je le suis

Ensuite, je reste épicurienne

Avant cet apéro, il y en a eu plein d’autres ou je me jetais sur les saucisses cocktail. Une autre vie où j’ai aimé la viande, tenté des semaines de régime dissocié, exclusivement carné pour rentrer dans un 36. Le  veau aux olives était la recette que je réussissais le mieux. Et pourtant, je garde des souvenirs d’enfance magiques, ces semaines de vacances à la ferme où je demandais à être reveillée en pleine nuit quand une vache velait .

Ce moment unique où le petit veau à peine expulsé du ventre de sa mére tentait maladroitement de marcher sur la paille de l’étable de cette ferme angevine, reste gravé à jamais. Ce veau, ces veaux, je les ai observés, caressés, nourris pendant des jours, je n’aurais pas supporté que qui que ce soit leur fasse du mal. Jamais imaginé que lui ou l’un de ses congènères puisse partir un jour à l’abattoir.

Adulte, ma « négation » a continué.

Et j’ai cuisiné allégrement du veau aux olives 40 ans de ma vie… Enfant, sur des plages en Afrique, je me suis aussi régalée de méchouis où le cochon embroché tournait des heures, la peau noircie et caramélisée : je me souviens de moments si joyeux où l’on se taillait des parts à même la bête, les pieds dans le sable… Consciemment ou pas et comme plein de gens, j’ai pendant des années refusé de faire un lien entre un animal vivant et ce que j’avais dans l’assiette.

J’ai adoré les oeufs le matin , les plateaux de fromage accompagnés de bon vin. J’ai aimé le contact du cuir sur ma peau, j’ai offert une veste Canada Goose à la capuche bordée de fourrure de coyote et pour faire dame, une ou deux fois dans ma vie, j’aurais même été capable de sortir avec un manteau de fourrure. Je ne dis pas que j’aurais été très fière mais j’aurais pu le faire ! La soie n’était pas un sujet, le cuir de mes sacs non plus.

Résumons parce qu’on me pose souvent la question

Les végétariens ne mangent pas de chair animale. Les vegetaliens ne mangent pas de chair animale, pas d’œufs, pas de lait, pas de miel. Les vegan vont un cran plus loin, en refusant tout ce qui provient de l’exploitation animale, viande, lait, œufs, miel bien entendu mais aussi cuir, fourrure, soie, laine, poils d’animaux pour faire des pinceaux, os et corne pour faire des boutons.

Pourquoi? Parce que :

  • La souffrance animale leur est insupportable
  • L’ idée d’exploiter puis de tuer sans nécessité absolue un être vivant, qui, on le sait désormais, a une sensibilité et ne peut se défendre, emporte tout
  • Ils refusent d’être complices de ce que l’homme inflige aux animauxet de considérer les bêtes, ces êtres vivants, comme de simples « ressources ». Les vegan ne vont pas non plus dans les cirques ou les marinelands. A l’heure de Netflix, on peut se divertir autrement qu’en regardant des phoques ou des ours faire des acrobaties loin de leur banquise.

Enfin, je ne suis pas dupe

Comme tous ceux qui s’intéressent à la cause animale, il y a aujourd’hui des chiffres qui me restent en tête et qui me sont insupportables. Chaque année, c’est 74 milliards d’animaux terrestres qui sont mangés dans le monde ainsi que 1000 milliards de poissons et autres crustacés. Un chiffre qui va croissant. Du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Concernant la France, où 3 millions d’animaux sont tués chaque jour, le journaliste Aymeric Caron a fait le calcul :

« A la fin de sa vie, un français non végétarien aura mangé à lui seul 6 à 7 bœufs, vaches ou veaux, 33 cochons, 1 à 2 chèvres, 9 moutons, plus de 1300 volailles et 60 lapins, ainsi que des centaines d’animaux marins, soit prés de 1500 animaux d’élevage et une tonne d’animaux marins »

Quand j’ai lu ça, je me suis vue posant dans ma cuisine avec ce tableau de chasse.

Les magazines font parfois ce genre d’images pour montrer ce qu’une famille mange en un mois, une année, une vie. Faire l’exercice avec des animaux vivants devient tout de suite beaucoup moins supportable…

Pourtant, au 21ème siècle, personne ne contestera qu’on n’a plus besoin de se couvrir de cuir ou de s’envelopper de fourrure pour avoir chaud. On n’a pas besoin non plus de manger de la viande, du poisson ou des produits laitiers pour être fort et en bonne santé : les dernières études tendent même à prouver le contraire. Ces études que veut taire l’industrie agro-alimentaire qui tend constamment à nous faire oublier ce que l’on mange, en dessinant par exemple des animaux sur les boites de fromage plutôt que d’y faire figurer des photos (allez lire l’article vous comprendrez ce dont je parle).

Avant tout ça, j’ai testé la viande « moralement admissible »

Comme beaucoup de personnes concernées par la souffrance animale ou par leur santé, il y a un moment où je me suis dit que j’allais cuisiner mon veau aux olives en bonne conscience et que j’allais ne plus acheter que de la viande « moralement admissible », c’est à dire de la viande provenant d’un élevage respectueux du bien-être animal. Un de ces élevages cinq étoiles où toutes les cases sont cochées, de la qualité de la litière aux conditions du départ vers l’abattoir : toute sa vie, l’animal provenant de ce type d’élevage est choyé. Par des agriculteurs à l’ancienne qui étreignent même parfois leurs bêtes avant le départ pour l’abattoir. Il y en a, ils sont profondément sincères. …

Mais qu’est-ce que le « bien être » si l’animal est correctement traité voire choyé puis finalement abattu ? Où est la cohérence ?

La finalité est la même dans les petits élevages comme dans les fermes industrielles : tuer un être vivant sans nécessité.

Pour la même raison, je refuse le lait. Parce que l’industrie du lait est intrinsèquement liée à l’industrie de la viande. Parce qu’une vache laitière est engrossée toute sa courte vie (5 ans d’espérance de vie en moyenne contre 20 ans pour une vache élevée dans les prés) pour mettre au monde des veaux qui partiront direct à l’abattoir ou des petites vaches qui subiront le même destin qu’elle : être inséminées, produire du lait à un rythme effréné (entre 20 et 50 litres par jour contre 6 naturellement) pour, en bout de course, être abattue. Je me suis mise à regarder les étiquettes des viandes vendues en supermarché , cette viande que j’ai mangé et fait manger à ceux que j’aime pendant des années; en tout petit, il y a  souvent la mention « vache laitière ». Cela veut dire que cette vache a eu une vie d’enfer…

Quant aux oeufs… J’ai imaginé les poussins de mes vacances à la ferme broyés vivants ou asphixiés : c’est le sort de tous les poussins males car ils sont inutiles à l’industrie des poules pondeuses. Je me suis rappelée que Yolaine de la Bigne m’avait raconté que les poussins naissaient en sachant compter jusqu’à 5. 1,2,3,4,5…En moins de cinq secondes, j’ai arrêté les œufs brouillés…

«Je suis devenue une aventurière de la bouffe»

 Alors oui, je ne vais pas mentir: ce n’est pas une mince affaire d’oublier la viande quand on est pétris de culture culinaire française. Mais ma transition est devenue moins compliquée quand j’ai compris qu’il ne fallait pas chercher à « remplacer » les aliments. J’ai renoncé à la viande, un point c’est tout, je n’allais pas chercher absolument des aliments ressemblants pour me donner l’illusion de continuer à en consommer. J’ai rayé de mon vocabulaire et de ma liste de courses les produits qui portent le vilain nom de « substituts ». Et je suis au contraire devenue aventureuse. Une véritable aventurière de la bouffe. Je n’ai pas renoncé à l’alimentation plaisir alors, j’ai testé d’autres choses, essayé d’autres goûts. J’ai acquis d’autres automatismes.

Je revendique haut et fort qu’on peut être vegan et épicurien . J’ai découvert qu’on pouvait faire d’excellents cookies sans œufs, des bolognaises avec des protéïnes de soja , que des noix de cajou, des pignons de pin, de la poudre d’amandes étaient délicieux saupoudrés sur des pâtes, des curry gourmands qui fondaient sous la langue, que du chili sin carne , c’était bon aussi… J’ai appris à me méfier également de certains produits trop chers au seul motif qu’ils sont étiquetés, markettés vegan. Les industriels ont bien vu venir l’aubaine…

Je ne suis pas devenue quelqu’un d’autre

Je suis devenue vegan mais je ne suis pas devenue une autre personne. Les gens avec lesquels je ne dine pas, je ne déjeune pas n’ont rien remarqué. J’ai juste le sentiment d’être aujourd’hui un peu plus en adéquation avec mes valeurs morales, ma sensibilité, mon humanité. Je ne crois plus à ce que l’on nous présente depuis des années dans nos sociétés comme normal, naturel, indispensable : l’exploitation de l’animal par l’homme. J’ai l’impression de me soucier de la terre que je laisserai à mes enfants et même à la terre que je connaitrai dans vingt ans. L’élevage intensif, on le sait abime la planéte et nous empoisonne autant qu’il nous nourrit. Les pâturages occupent déjà un quart des terres du globe ( excepté l’Antarctique).

Il ne faut pas moins de 15 000 litres d’eau pour produire un kilo de boeuf. Ajoutez à cela les flatulences des ruminants et vous apprendrez que l’élevage est selon l’ONU responsable de 15% des émissions de gaz à effet de serre, soit autant, si ce n’est plus que les transports. La pollution des eaux, la déforestation, la perte de la biodiversité sont aussi une des conséquences de l’élevage.

J’ai décidé de bien vieillir

Après quelques jours, quelques semaines, je me suis sentie mieux.  J’avais une plus jolie peau, je dormais mieux, j’étais plus rapidement rassasiée (les fibres des légumes donnent une sensation de satiété plus rapide), avec le sentiment d’être en meilleure santé. Je ne dis pas que je ne mourrais pas d’une maladie cardio vasculaire ou d’un cancer , que je mourrais super vieille , je ne dis pas que je n’aurais pas de diabète de type 2 mais je m’éteindrai la conscience tranquille car j’aurais fait tout ce que je pouvais pour éviter de mal vieillir.

Car c’est désormais archi prouvé : ne plus manger de viandes rouges, c’est prévenir les maladies cardio-vasculaires et le cancer. Ne plus manger de viandes blanches – dont la consommation augmente dans les pays développés parce que cette viande non sanguinolente est visuellement plus « acceptable » -, c’est aussi être moins sujet au diabète de type 2, à l’hypertension artérielle, avoir moins de troubles de la mémoire, de polyarthrite rhumatoïde, moins de calculs biliaires, c’est vivre mieux et plus vieux ( de 6 à 10 ans en moyenne). Pourquoi ? Parce que les animaux d’élevage se voient administrer préventivement ( et illicitement) des antibiotiques, des vaccins, des pesticides…

Et que je veux contrôler, autant que faire se peut, ce qu’absorbe mon organisme.

Puisqu’on se dit tout, je ne vous cache pas que c’est en matière de mode que j’ai aujourd’hui le plus de mal. Je boycotte sans probléme les marques non éthiques, je n’offrirai plus jamais par exemple une veste Canada Goose depuis que j’ai vu sur le site de la PETA les images de ce coyote la patte coincée dans un piège agoniser pendant des heures. Mais je cherche encore des marques qui soient à la fois accessibles et qui offrent une large gamme de produits. Ca va venir, je ne suis pas inquiéte : il y a déjà des gammes vegan chez esprit, H&M, Doc Martens, des créateurs

qui travaillent les cuirs végétaux : du liége (Basus), de l’eucalyptus ( Noani Fashion), du cuir en feuilles d’ananas (Puma comme camper ont déjà des prototypes de ce type de chaussures), du muskin (du cuir de champignon qui ressemble au cuir de chamois) , des gammes vegan chez Esprit, H&M et Dr Martens, même si à l’image de la Stan Smith Stella Mac Cartney à 250 euros, ça reste cher… .

Je ne suis pas vegan parce que c’est la mode

Il y a un autre truc qu’on m’a lancé à l’apéro : on m’a asséné que je ne faisais que suivre une mode. C’est ce que veut nous faire croire l’industrie alimentaire et les lobbys. Le véganisme est un mouvement ancien, porté aussi bien par des savants –  Pythagore était vegan – , que par des génies  – Leonard de Vinci – des sportifs -Lewis Hamilton- ou des sex-symbols : Ryan Gossling en est un fervent adepte. Je vous mets au défi de trouver un rôle où il porte une veste en cuir. Si j’ai le temps, la place, l’envie, peut-être que je le dirai au prochain apéro saucisses.

Le véganisme est moins une mode qu’une façon de s’interroger sur soi, un moment dans sa vie où l’on se pose et où l’on se demande… Comment ai-je pu ???

  • Me soucier aussi peu du sort des animaux ?
  • M’intéresser aussi peu à ce qu’il y a dans mon assiette ?
  • Oublier mes vacances enfant à la ferme?
  • Caresser un chat et me couper une tranche de méchoui à même la bête l’instant d’après ?
  • Croire qu’il y avait des animaux « bons à manger » auxquels on ne donnait pas de noms et d’autres, supérieurs, des animaux domestiques que je chérissais ?

C’est ce qu’on appelle le « paradoxe de la viande », ce paradoxe qui consiste à aimer les animaux et pourtant, à les manger (livre de Martin Gibert, Voir son steack comme un animal mort, ed Lux) .

Le paradoxe de la viande

Il y a encore un an, je ne pensais pas me régaler autant en lisant les formidables avancées des découvertes sur l’intelligence animale : il y en a de nouvelles chaque semaine ! Yolaine de la Bigne me racontait qu’Emmanuelle Pouydebat, l’auteur de « l’intelligence animale, cervelles d’oiseaux et mémoires d’éléphants » préfacée par Yves Coppens ( ed Odile Jacob) s’était fait quasiment rire au nez par ses collègues du CNRS, lorsque l’idée lui est venue d’écrire sur le sujet . Aujourd’hui, tout le monde s’incline devant la qualité et le succés de son  livre. J’ai adoré cette

cette vidéo de Brut où l’on voit un corbeau flemmard disposer des noix sur un passage clouté pour les faire casser par les voitures qui démarrent, halluciné en lisant que des cochons sont capables de jouer à des jeux vidéo , *ou que des pieuvres sont à même de se servir de noix de coco comme outils ** Je me suis indignée aussi quand Houra a proposé dans son offre de Noël 2018 de livrer à ses clients des homards vivants

Les scientifiques s’accordent tous aujourd’hui sur le fait que les animaux que l’homme exploite et tue ont des émotions, des intérêts, ils ont aussi une vie qu’ils veulent sauver…

Je ne saoûle personne

 Enfin, même si ce n’est pas ma préoccupation principale,  j’ai le sentiment de faire partie d’une communauté grandissante. Curieuse et bienveillante pour reprendre ce mot à la mode. Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus occulter ce que nous répètent les scientifiques : cette course folle ne peut pas continuer. Avec 10 à 15 milliards d’habitants sur terre en 2050, la planète ne sera bientôt plus capable de produire suffisamment de viande pour nourrir l’ensemble de la population. Nous sommes à la veille d’un changement alimentaire mondial. Une révolution. Pour l’instant, je fais la mienne, tranquille et à mon rythme et sans saouler personne. Enfin, tant qu’on ne me chauffe pas trop avec le cri de la salade.

Les repentis 1 – «Pendant sept ans, j’ai vécu l’enfer des abattoirs»

Les Vegan repentis par Maurizio Garcia Pereira

Pendant sept ans, Mauricio Garcia Pereira a tenté de fermer les yeux sur l’horreur quotidienne et le rythme effréné qui lui étaient imposés à l’abattoir municipal de Limoges. Épuisé, psychologiquement abimé, il a fini par dénoncer la souffrance animale et humaine à laquelle il a assisté. Au risque de tout perdre…

Il est au chômage, à découvert, sans logement fixe. Il suit une thérapie pour apaiser ses nuits agitées de cauchemars, mais il ne regrette rien.

D’origine espagnole, la cinquantaine, Mauricio Garcia Pereira est arrivé en France en 2001. Modeste et travailleur, il enchaîne les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille. « J’ai pas mal bossé dans le commercial : je crois que j’ai tout vendu, des encyclopédies, des couteaux suisses, des aspirateurs. Et j’ai longtemps été serveur, explique-t-il.

Les Vegan repentis par Maurizio Garcia Pereira

« Après trois ans de galères, j’étais bien content d’avoir un travail »

En 2007, il envisage une reconversion dans le secteur du bâtiment, mais la crise économique éclate ainsi que ses projets. Il s’inscrit dans plusieurs boites d’intérim et en 2009, on lui propose un emploi d’ouvrier au sein de l’abattoir municipal de Limoges. « Après trois ans de galère, à dormir par alternance dans ma voiture, j’étais bien content d’avoir un travail. »

Des fœtus de veaux prêts à naître, jetés à la poubelle

Les premiers jours, Mauricio est un peu épargné et s’accommode d’un emploi qui lui paraît certes peu gratifiant, mais utile dans la chaîne alimentaire. Je croyais jusque-là faire un métier dur mais noble, utile aux hommes et respectueux des animaux. » Mais au fil des jours, la cadence de travail s’accélère, les brimades apparaissent et Mauricio découvre l’horreur de la souffrance animale : « Au départ, je devais aspirer les moelles épinières des bovins, interdites à la consommation, depuis l’affaire de la vache folle. Puis un jour, on m’a envoyé au poste où l’on trie les tripes. Là, j’ai découvert que parmi les intestins, il y avait des fœtus de veau, parfois quasiment prêts à naître. J’ai tout de suite appelé mon chef, j’étais un peu affolé… Je lui ai dit qu’il y avait un gros problème et qu’il fallait prévenir les services vétérinaires. Il a souri et m’a dit : « Non, ne t’inquiète pas, ce n’est pas un problème ici, on le fait tous les jours. »  Ces bébés étaient jetés à la poubelle avec les déchets. C’était effroyable ! »

Abattre des vaches gestantes est totalement légal

Barbare et très controversé, l’abattage de vaches gestantes est pourtant tout à fait légal et ce, même si les dernières études sur le sujet ont démontré qu’au troisième trimestre de gestation, le veau est un être sensible. Mais outre ces pratiques autorisées, Mauricio a aussi été le témoin d’autres atrocités condamnables. « On abat 35 bêtes à l’heure et ça peut monter jusqu’à 45 bêtes. On dispose donc de moins de 2 minutes pour tuer un animal. A chaque poste, on a exactement 1 minute 15 pour effectuer notre tâche. Pour les bovins, on utilise un pistolet matador contenant une balle à blanc, sans métal. De cette balle sort un percuteur qui va dans le crâne de l’animal, entre les deux yeux. »

Les Vegan repentis par Maurizio Garcia Pereira

« La bête est étourdie mais encore vivante »

       La bête est alors étourdie mais encore vivante et après elle est saignée, c’est à dire qu’on lui plante un couteau dans les artères du cou, la jugulaire, pour l’achever. Mais bien souvent, le matador se loupe, la bête mugit et affole toutes les autres. C’est la panique à bord et elles sont poignardées vivantes.

« Je les ai vues se tordre de douleur »

J’ai les ai souvent vues se tordre de douleur, c’est horrible. Et ça arrive tous les jours, avec la cadence qu’on nous impose, on ne peut pas bien faire les choses. » Chaque jour, Mauricio respire l’« odeur de mort » qui emplit l’abattoir, assiste à l’agonie des bêtes, à l’incinération des fœtus arrachés au ventre de leurs mères, mais il n’a pas le choix.  « Je voulais gagner décemment ma vie pour pouvoir élever dignement mes enfants et payer ma pension alimentaire », confie-t-il. Père de deux enfants de 12 et 18 ans aujourd’hui, jamais il n’aurait imaginé voir de telles scènes d’horreur dans sa vie. Il a gardé son emploi pendant sept ans, mais il en a payé le prix, tandis que d’autres n’ont pas pu y rester.

« Sur 10 intérimaires, la moitié ne revenait pas le deuxième jour alors même que les premiers temps, les chefs te parlent correctement, te respectent. Mais la souffrance animale est telle que c’est difficilement supportable. Et puis la pression monte petit à petit. On te fait comprendre que c’est un milieu d’homme et qu’il faut assurer la cadence et le travail besogneux. Et si tu n’es pas content, tu dégages ! C’est comme ça qu’on te parle. J’ai vu des dizaines de collègues, de bons ouvriers, sombrer dans l’alcool ou la drogue à cause des atrocités quotidiennes et des rythmes effrénés. »

Arrêter de travailler était une question de vie ou de mort

Un jour, à bout de nerfs, Mauricio manque de poignarder son chef de poste. Épuisé, au bord des larmes, l’ouvrier ne se reconnaît plus et consulte son médecin. Le diagnostic est très clair : état de choc post-traumatique. Mauricio comprend qu’il doit arrêter ce travail s’il veut survivre. Mais pas avant d’avoir dénoncé les abominations qu’il voit au quotidien. C’est la diffusion de vidéos de l’abattoir d’Alès filmées par l’association L214 en février 2016, qui le conforte dans son idée et lui provoque un déclic. Sur ces images, reprises par de nombreux médias, on y voit des employés frapper des cochons ou utiliser sans nécessité une pince à électronarcose sur le museau de brebis.« Les gens doivent savoir ce qui se cache derrière leurs steaks »

« Si le public était choqué par ça, je devais absolument montrer ce qui se passait à Limoges pour qu’il y ait une prise de conscience et que les gens sachent ce qui se cache derrière leur steak ! »

Témoigner pour « faire bouger les lignes »

Équipé d’une caméra fournie par l’association L214, Mauricio devient « lanceur d’alerte ». Il filme les chaînes d’abattage et rend public son témoignage. Désormais, la conscience apaisée, il est prêt à « aller plus loin pour faire progresser les lois, faire bouger les lignes et les comportements. »

« Les gens préfèrent vivre dans le déni plutôt que de connaître la vérité »

« Au sein de l’abattoir, j’ai découvert un monde à part, celui de quelques-uns(e)s qui font fièrement manger la planète entière mais avec des méthodes sauvages qui ne respectent pas les ouvriers et surtout pas les animaux. Pour ces gens-là, les animaux ne comptent pas, c’est de l’argent, de la thune, du pognon et il n’y a que ça qui compte. Une vache gestante rapporte plus morte que vivante. Quant à la société, elle ne veut pas savoir ce qui s’y passe, et préfère vivre dans le déni plutôt que de connaître la vérité. Alors, sachez-le, dans un abattoir tous les animaux souffrent, du premier au dernier. Il faut arrêter de nier l’évidence. Dans leurs yeux, on lit la détresse, la terreur, elles savent qu’elles vont à la mort. Leurs regards, les images de leur souffrance, Je les aurais jusque-là fin de mes jours en tête… »

Toute le série des Repentis : Pourquoi devenir Vegan ?

Les repentis 1 – Maurizio Garcia Pereira
Les repentis 2 – Sivalingam Vasanthakumar
Les repentis 3 – Rémi Thomas
Les repentis 4 – Carole

Pour aller plus loin :

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