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Les repentis 2 – « Sur le chemin de l’abattoir, j’ai fait demi-tour…»

Année après année, Kumar a conduit son troupeau d’agneaux à l’abattoir. Mais un jour, il n’a plus supporté de les entendre bêler de peu. Et sur la route, il a pris un autre chemin…

« La prise de conscience a pris du temps, mais elle est bien là aujourd’hui. Au cours des trois derniers mois, je préparais un troupeau de 20 moutons pour l’abattage. Il n’avait rien de différent des autres, je n’étais pas plus attaché à lui qu’à d’autres, je n’avais tout simplement plus le courage d’emmener mes bêtes à la mort », confie Sivalingam Vasanthakumar, dit Kumar, 60 ans, éleveur de viande repenti.

« Ce jour-là, je n’ai pas pu »

Ce déclic, l’éleveur l’a eu le 28 janvier dernier alors qu’il était en route vers l’abattoir avec ses agneaux. Un cheptel qui aurait dû lui rapporter près de 9 000 livres (plus de 10 000 euros). Mais ce jour-là, ses plans vont changer. A l’arrière de la camionnette, Kumar entend, une fois de plus, les moutons bêlés de peur et s’entasser à l’arrière de la remorque pour ne pas sortir. Et malgré ses 47 ans d’expérience dans l’élevage et l’agriculture, ses certitudes s’effondrent. « J’ai toujours emmené mes animaux à l’abattage et tué le porc moi-même. Pendant des années, j’ai vu les animaux stresser à l’approche de la mort, ils connaissaient leur destin. Je devais les obliger à sortir. Ce jour-là, je n’ai plus pu. »

« Dans la ferme de mes parents, les animaux restaient avec nous toute leur vie »

Originaire du Sri Lanka, Kumar a commencé très jeune à travailler dans la ferme laitière de ses parents. « C’était très différent de l’élevage de viande car tous les animaux étaient nos animaux de compagnie, ils restaient en vie près de nous jusqu’à leur disparition naturelle et nous les connaissions tous par leur nom. »

Petit à petit, le doute…

Dans l’objectif de prendre la suite de l’exploitation parentale, Kumar s’inscrit à l’université des sciences agricoles de Bangalore en Inde après avoir obtenu son baccalauréat en sciences. Puis il décroche une maîtrise en agriculture durable qui l’emmène en Angleterre. Il intègre ensuite différentes fermes tout au long de sa carrière. En juin 2015, il acquiert 20 hectares de prairies et de bois dans le comté du Devon en Angleterre et y installe son propre élevage de moutons. A côté de cette activité, déjà très prenante, Kumar créé un concept de Food truck dans lequel il cuisine et vend des plats indiens sur les marchés avec sa propre viande. L’éleveur rencontre un franc succès, ses clients appréciant de manger des produits locaux et élever de façon non intensive. Mais au fond de lui commence à germer le doute…

Sur la route de l’abattoir, il décide de changer d’itinéraire

Et ce 28 janvier, sur le chemin de l’abattoir, il décide de changer d’itinéraire. Il réfléchit alors au meilleur moyen de rendre hommage à ses animaux lorsqu’il se remémore l’existence d’un refuge animalier situé à 200 miles de là (321 km). La ferme de Goodheart (bon cœur) située dans le comté du Worcestershire. Un véritable paradis vert de 90 hectares sur lequel quelques 220 bêtes coulent une retraite paisible. David Bourne, le responsable du refuge, s’étonne du choix de Kumar : « Je n’avais jamais vu un éleveur apporter ses propres bêtes auparavant. C’est un cas sans précédent. »

Les réponses aux questions que tout le monde se pose !

« C’est le travail de toute une vie que j’ai modifié »

Une fois rentré chez lui, la conscience soulagée, Kumar prend alors une autre décision radicale : devenir végétarien. En cohérence avec son choix de sauver ses animaux, il lui est désormais évident de ne plus consommer d’être vivant doué d’intelligence et de sentiments. Idem dans son restaurant ambulant. Ses clients peuvent aujourd’hui découvrir ses recettes végétariennes et végétaliennes préparées avec les légumes de son potager. « Je serai toujours dans le monde agricole, mais plus dans l’élevage. C’était une décision difficile à prendre puisque c’est le travail de toute une vie que j’ai modifié, mais c’était la bonne. »

Dans sa ferme, il conserve encore du bétail dorénavant libre de se promener et de pâturer sur ses terres, sans craindre d’être livré au couperet de l’abattoir. 

Toute le série des Repentis : Pourquoi devenir Vegan ?

Les repentis 1 – Maurizio Garcia Pereira
Les repentis 2 – Sivalingam Vasanthakumar
Les repentis 3 – Rémi Thomas
Les repentis 4 – Carole

Pour en savoir plus:
Kumar’s Dosa Bar and Farm
Good Heart Animal Sanctuaries

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