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Fanny Maurer : « Je suis vegan à 100% pour les animaux, pas pour la planète. »

Elle s’est imposée comme une maquilleuse professionnelle parmi les plus en vogue du moment. Mais ce qui meut vraiment l’ambassadrice de Kat Von D Beauty se situe bien au-delà des mascaras et du papier glacé : depuis des années, cette vegan convaincue œuvre pour la défense animale. Rencontre avec une activiste infatigable et enragée, derrière son si joli sourire.   

Depuis quand êtes-vous vegan ?

Cela va faire cinq ans au mois d’octobre. Je travaillais sur un shooting avec une photographe. Et au moment du déjeuner, j’avais choisi un plat avec du parmesan. Elle m’a alors dit qu’elle essayait de devenir vegan et ne mangeait plus ces fromages-là car ils contenaient de la présure. Je ne savais pas ce que c’était et en rentrant chez moi, j’ai donc cherché, pensant passer dix minutes sur mon ordinateur. Finalement, j’y suis restée toute la nuit. Quelques jours plus tard, j’étais vegan et activiste.

Vous étiez déjà végétarienne ?

Oui, depuis une dizaine d’années. A 15 ans, mon petit frère – qui a six ans de moins que moi – est devenu végétarien. En quelques jours, il a arrêté de porter du cuir, de manger des produits animaux etc… Nous ne venons pas d’une famille viandarde mais on en mangeait quotidiennement, plus par habitude que par goût. Il a commencé à m’expliquer sa démarche et cela m’a fait réfléchir. Jusque-là, je ne m’étais pas forcément posé la question, tout en sachant que je faisais quelque chose qui n’était pas en adéquation avec qui j’étais, avec mon amour des animaux.

Sur votre compte Instagram, vous vous présentez d’ailleurs comme « vegan for the animals »…

Oui, je suis vegan à 100% pour les animaux. Les gens qui se disent vegan pour la planète me font rire. Cela n’a pas vraiment de sens quand il y a des victimes immédiates. Bien sûr, ce que les animaux sauvages subissent me brise le coeur. Mais ce qui me transperce, c’est l’asservissement des animaux par les humains. C’est injuste, répugnant et ça me révolte. Vous savez, depuis que je suis vegan, je suis très en colère. Il y a deux jours par exemple, j’ai posté sur Instagram une photo de mon petit-déjeuner et en commentaire, quelqu’un me dit : « Tes tasses, ce sont des Villeroy & Boch. Ils mettent des cendres d’os de boeuf dans leur porcelaine. » Cela fait cinq ans que je suis vegan, je lis tout ce qui sort sur le sujet, je fais attention à tout ce que j’achète et je n’aurais jamais pensé à ça ! Je continue de découvrir des tortures et ça me donne la haine.

Vous parlez énormément de vos convictions sur les réseaux sociaux. Il est pour vous important d’éveiller les gens au veganisme ?

Oui, c’est ma mission. J’ai une petite communauté [147000 followers sur Instagram NDLR] que je perds au fur et à mesure de mes communications sur les animaux. Mais qu’il me reste un abonné ou que j’en aie trois millions, je ne changerai pas. Personnellement, je me suis construit une vie vegan. Chez moi, tout l’est, de ma nourriture à mon copain, mon chien ou mon job. Sauf que quand je sors de ma bulle, je regarde autour de moi et les gens ont des sacs en cuir et mangent des côtes de boeuf et des omelettes en terrasse. C’est insupportable de vivre dans un monde qui n’est pas vegan et j’ai besoin d’en parler, quelles que soient les réactions.

Elles sont parfois négatives ?

Je reçois des insultes quotidiennement. L’autre jour, quelqu’un me demande ce que je pense des zoos. Je lui réponds « qu’est-ce que tu penses des gens qui sont enfermés à perpétuité en étant innocents ? » Et une femme a commenté : « Espèce de pauvre connasse, pourquoi tu forces les gens à penser comme toi ? » J’ai énormément de messages négatifs. Mais j’en ai encore plus de positifs, dont certains venant de personnes qui me trouvaient trop radicales, ne me suivaient plus puis ont évolué et repensé à moi. Une dizaine de personnes par jour me disent aussi être devenues vegan grâce à moi.

Vous avez changé vos proches ?

La quasi-totalité de mon entourage. Mais il y a deux personnes que je n’arrive pas à convaincre : ma mère et ma meilleure amie. Et ça peut être difficile à vivre. Cet été, au restaurant, ma mère a commandé une pièce de viande et je me suis mise à pleurer. Voir ma propre mère manger ça en sachant ce que cela contient comme agonie était trop compliqué.

Question de génération peut-être ?

Non, la génération n’est pas une excuse. A 50 ans, tu as certes un passé, un vécu, mais aussi un cœur et un cerveau. Je me rappelle d’un papy que j’avais photographié à la marche pour la fermeture des abattoirs avec L214. Il était là, vegan, c’était beau. 

Votre propre transition a été rapide ?

Oui. A partir du moment où je suis devenue vegan, je ne pouvais plus rien manger d’animal. Et j’ai donné mes produits en cuir et make-up non vegan.

Certaines choses vous ont semblé compliquées à remplacer ?

Compliquées à remplacer, non. Je n’ai pas cherché à remplacer quoi que ce soit, car ce que je mangeais avant n’était pas de la nourriture. Mais certains aliments ont été compliqués à arrêter, oui. Le fromage par exemple. Quand j’étais végétarienne, j’en avais doublé ma consommation. Je faisais encore plus de mal sans m’en rendre compte ! On ne se renseigne pas sur ce que l’on mange. Cela m’a d’ailleurs beaucoup choquée en allant dans les abattoirs et en voyant que les animaux que les gens mangent sont pleins de tumeurs. J’ai vu des choses dans les abattoirs… La phase finale absolument immonde et puis la vie avant qui est atroce. Les gens qui sont fiers d’acheter leur viande chez le boucher me font rigoler : la fin est la même. C’est une mort préméditée, avec des animaux que l’on fait naître pour les tuer. Ils n’ont aucune chance. Je me rappelle un porc se jetant au sol en pleurant, comme pour renier sa propre vie. Ce jour-là, je me suis dit que la capacité de l’humain à faire souffrir est dingue. L’humanité est complètement folle. C’est atroce ! J’ai doucement diminué mon activisme à ce moment-là. 

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C’est devenu au-dessus de vos forces ?

En revenant de cette opération, j’ai été très mal pendant plusieurs mois. J’ai dû prendre du recul car je n’arrivais plus à gérer une vie saine et équilibrée. J’étais trop pleine de haine envers les gens qui mangent des animaux ou leurs sécrétions. C’est atroce de se rendre compte qu’à trente kilomètres de Paris, où tout est beau, il y a des chambres à gaz pour cochons. Des gens n’acceptent pas de comparer ça à Auschwitz mais je ne vois pas pourquoi. J’ai d’ailleurs lu le récit d’un rescapé qui est vegan et a fait cette équation. Il serait temps que les gens se réveillent. Mon veganisme m’a permis de comprendre toutes les formes d’oppression à la racine, que ce soit le sexisme, l’homophobie ou le racisme. L’humain cherchera toujours à être au-dessus de quelqu’un d’autre. Les hommes doivent être au-dessus des femmes ; les blancs au-dessus des noirs ; les hétéros au-dessus des homos… Et cela commence tôt, lorsque l’on apprend aux enfants à faire une différence entre les animaux : il y a les chiens et les chats, puis le reste. On les déforme. Plus fou encore, on les emmène dans les fermes pédagogiques en leur servant le soir au dîner les animaux qu’ils ont découverts la journée. C’est de la schizophrénie !

Comment gèreriez-vous l’alimentation vegan de votre enfant ?

J’allaiterais, j’imagine. Mais ce n’est vraiment pas dit que j’en aie. Et ce, pour différentes raisons. Déjà, je pense que la planète ne peut plus se le permettre. Et je n’ai pas forcément envie de mettre quelqu’un d’innocent dans le monde dans lequel on vit. En voyant les horreurs faites aux animaux, j’ai peur des humains : je ne me sens jamais en sécurité. Enfin, si j’ai un enfant qui décide un jour de manger de la viande, je m’en voudrais. Je sais que ma réflexion peut sembler folle mais ça me fait vraiment peur.

Vous n’auriez pas pu tomber amoureuse d’un non-vegan ?

Impossible ! Mon copain était vegan avant que je le rencontre, sur Instagram, et il est un très bon argument pour le veganisme. Il est coach sportif, nutritionniste et a un corps de fou. Tu peux ne pas manger d’animaux et être gaulé comme pas possible.

Vous nous le disiez, votre chienne Peanut est vegan. Vous la nourrissez avec des croquettes ou avec ce que vous-même mangez ?

Les deux. Croquettes quand je voyage mais sinon, elle mange comme nous, sans les assaisonnements. Elle adore. Pendant un an après être devenue vegan, j’ai continué à lui donner ce que je lui donnais avant. Un peu conditionnée, je pensais qu’un chien était forcément carnivore. Et puis après cette mission dans un abattoir où j’ai vu les cochons pleins de tumeurs, j’ai pleinement réalisé ce que je donnais à manger à mon chien. J’ai cherché une vétérinaire vegan qui m’a expliqué qu’un chien peut absolument être vegan. Certains chiens qui ont des problèmes au foie survivent sans viande. Pourquoi un chien malade survivrait sans viande et pas un chien en bonne santé ? J’ai essayé, pas très confiante. Et ça a été la meilleure décision. Elle se porte même beaucoup mieux qu’avant.

Comment ça ?

Ses prises de sang sont parfaites alors qu’elle avait toujours un peu trop de sucre ou de gras avant. La véto me dit seulement qu’elle doit perdre 100 ou 150 grammes, car elle reste un peu grosse.

Et votre poids à vous ? Il a évolué en devenant vegan ?

Pas vraiment. En revanche, j’ai remarqué que mon gras a changé. Quand je prends du poids, c’est plus harmonieux. (Rires.)

Dans votre métier de maquilleuse, qu’est-ce que votre conversion a bouleversé ?

Vraiment beaucoup de choses. Je ne travaille plus avec des marques non-vegan et je dois parfois refuser des jobs. Récemment, mon agent m’a proposé un shooting pour un très beau magazine mais il se passait dans un centre équestre. Et je n’ai pas pu. Je ne pourrais pas non plus être sur une campagne où il n’y aurait que de la fourrure ou du cuir. Mais c’est vrai que je travaille parfois sur des shootings où il y en a. Je me dis que je ne peux pas tout refuser et qu’au moins, je dépense l’argent gagné dans des choses qui sont vegan. C’est peut-être hypocrite mais je le pense.

Et côté produits, ce n’est pas compliqué de trouver des alternatives vegan ?

C’est vrai que c’est un univers relativement nouveau. Et certaines formules n’ont pas été encore assez travaillées. En devenant vegan, j’avais donc peur qu’il n’y ait pas assez de choix pour faire un make-up professionnel. Mais j’ai découvert des marques incroyables.

Lesquelles ?

Pour le soin, j’adore Paï et Youth to the People. Et en maquillage, j’avoue mettre Kat Von D Beauty, pour laquelle je travaille, en numéro 1. Les produits sont top et ça a permis que le logo vegan soit apposé dans les Sephora de 32 pays du monde ! C’est génial.

Ce sont vos convictions qui vous ont fait quitter des marques comme Rimmel ou Clarins ?

Pas tout à fait. Clarins m’a débauchée alors que j’étais chez Rimmel, en avançant leur envie de faire des produits vegan. On y a travaillé dur, en créant certains produits et en utilisant des pinceaux vegan. Je suis ensuite partie pour des raisons qui n’avaient rien à voir.

Certaines personnalités vegan vous inspireraient dans votre métier ?

J’aime bien certaines stars vegan comme Jessica Chastain ou Miley Cyrus. Mais elles n’en parlent pas, c’est nul ! Alors qu’une fille comme Cardi B se vante toute la journée de porter de la fourrure ! Ce genre de nanas rythment le monde. En revanche, je trouve incroyable qu’une Kim Kardashian, avec ses millions d’abonnés, explique ne plus en porter. C’est un beau changement.

Pour les vêtements, vous êtes très regardante sur le côté éthique de la production ?

J’ai beaucoup de mal. Je ne vais pas forcément vers des marques éthiques, qui semblent parfois chères, et je m’achète des fringues beaucoup trop souvent. Je ne suis pas un exemple là-dessus.

Vous expliquez ne vous faire désormais que des tatouages vegan. C’est à dire ?

Les produits utilisés, la crème désinfectante, les encres, doivent l’être. Pour être honnête, la quasi-totalité des produits sont vegan de toute façon. Mais maintenant, je m’en assure avant de me faire tatouer. Et selon, j’apporte mes propres produits.

Vous qui voyagez beaucoup, la France vous semble être à la traîne en matière de veganisme ?

Nous ne sommes pas les meilleurs mais il y a des pays qui sont bien pires que nous. A Paris, on a beaucoup d’adresses géniales comme Janine loves sunday [49 rue Montmartre, Paris 2ème] ou Végé’saveurs [29 rue de Charenton, Paris 12ème]. J’y ai récemment emmené ma mère qui n’a pas réalisé que l’assiette qui était présentée comme du « boeuf » n’en contenait en fait pas. Elle était choquée. Et à l’étranger, les choses semblent évoluer aussi, avec des restos vegan qui ouvrent partout. Pourtant, à la fin de l’année, on regarde les chiffres et il y a quatre milliards de victimes en plus. On ne s’en sort pas ! On stagnait depuis plusieurs années à 70 milliards d’animaux terrestres tués et on est passés à 74 pour 2018 ! Si les humains devaient s’exterminer à cette vitesse, il n’y aurait plus personne dans deux semaines. C’est terrifiant. Mais les gens sont tellement spécistes qu’ils refusent de comparer les animaux aux humains. On est en 2019, la conscience des gens pourrait avoir évolué !

Certains penseurs vous ont aidée dans votre conversion ?

Pas vraiment. Mais si je devais citer quelqu’un que j’admire, ce serait Matthieu Ricard, qui est d’une bienveillance absolument incroyable. Sa façon de s’exprimer, sa radicalité transmise avec douceur m’aident. J’ai beau être dans la vie quelqu’un de gentil, j’ai une haine difficile à canaliser sur ces sujets. Je démarre au quart de tour. Mais je suis radicale parce que la situation l’est aussi. On parle d’un massacre qui se perpétue depuis des siècles. Il faut se réveiller. On me dit souvent : « chacun à son rythme. » Mais les animaux tués, eux, n’ont pas le temps d’attendre ! Et l’Amazonie brûle à cause des mangeurs de viande. Vu la situation, je ne comprends pas que plus de gens ne se révoltent pas. Plus je réfléchis, moins je comprends l’être humain. Alors je ne vais pas tourner mes phrases pour plaire aux gens. De toute façon, je n’ai rien à y gagner ; je ne suis pas l’égérie du veganisme. Mais je suis obligée de parler du sujet parce que ça me tue de voir ça.

Vous n’avez pas l’impression que les mentalités changent et que l’écologie est devenue un vrai sujet ?

Oui, on est tous dans l’écologie, l’effondrement a commencé. Pour les prochaines générations, ça va être catastrophique. Mais il y a aussi beaucoup d’hypocrisie. Regardez par exemple les gens qui retirent les pailles de leurs verres mais mangent du poisson. Sachant que les déchets dans les océans, ce sont surtout les filets de pêche ! Et puis l’urgence pour moi, ce sont les animaux qui souffrent maintenant. Ce que l’on fait à des êtres sentients et sans défense est de la cruauté pure. A New-York, j’avais participé à une action contre les calèches touristiques. Il y avait un cheval qui gardait la tête baissée, et sursautait à chaque bruit. J’en ai la chair de poule en y repensant. Je ne sais pas où est passée notre compassion. On s’attribue des valeurs qui ne sont pas les nôtres. Quand on dit « ce n’est pas humain », si, ça l’est justement. Les animaux ont l’esprit d’équipe, sont dotés d’amour… Pas nous visiblement. On est censés être évolués mais non. Aucune autre espèce ne fait ce que l’on fait. Dans ma rue, il s’est ouvert une cave à viande ! Je regarde à chaque fois que passe. Je veux que quelqu’un ait regardé ces animaux en ressentant quelque chose. Je me demande comment des milliers de personnes passent chaque jour devant cette boucherie, avec ses animaux pendus sans tiquer, sans réagir, sans rien ressentir. C’est effroyable.

Vous prévoyez toujours d’ouvrir un sanctuaire qui recueillerait des animaux ?

C’est le projet de ma retraite, mon but ultime. Je le ferai, c’est sûr.

  • Régine Charier dit :

    J’ai adoré votre témoignage. Je me retrouve dans votre ressenti. L’indifférence de notre entourage à la souffrance animale est difficile à vivre.

  • adriana teixeira dit :

    je suis très heureuse de lire cette interview de Fanny Maurer.Elle me donne de la confiance pour mantenir mes efforts pour le veganism!

  • sandrine DELBECQ dit :

    Merci pour ce très beau témoignage! Ca fait du bien de ne pas se sentir seule face à cette humanité cruelle…

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